
Quel âge as-tu ? quel âge tu me donnes ? On connait tous ce sentiment de décalage entre notre âge réel et l'âge qu'on a dans la tête, c'est à dire celui qu'on aimerait avoir.
Jean Claude Van Damme à dit (oui, JCVD fait partie de mes auteurs préférés pendant la période estivale ;-) :
« Un bon truc pour avoir l'air d'avoir 10 ans de moins quand on te demande ton âge, vieillis-toi de 10 ans. » ... Je vous laisse réfléchir ...
Cette punchline au troisième degrés, hautement philosophique peut fonctionner chez certaines personnes mais on ne va pas se mentir, si vous n'êtes ni "aware", ni Georges Clooney (le beau gosse qui a démocratisé la tempe grisonnante), vous prenez un gros risque. On préfère tous et toutes les cheveux fournis, épais, avec leur couleur d'origine (c'est à dire pas blancs).
L'aspect de notre chevelure est fortement associée à l'âge, à l'apparence et à l'image que l'on renvoie.
Une enquête IFOP indique que 13 % des Français déclarent être atteints de calvitie, avec une différence considérable entre les sexes : 25 % des hommes contre 2 % des femmes. Parmi les personnes concernées par une calvitie, 50 % déclarent l'assumer. En revanche, chez celles qui n'étaient pas encore confrontées à une perte importante, la perspective inquiète beaucoup plus les femmes : 87 % se disent préoccupées, contre 37 % des hommes.
Les cheveux blancs font l'objet de stratégies différentes. Les accepter devient plus courant, mais la coloration reste très présente : 47 % des femmes se colorent les cheveux dès l'apparition des cheveux blancs selon des données Kantar et Ipsos 2024 publiées par l'Union nationale des entreprises de coiffure.
Physiologiquement, blanchiment et calvitie correspondent à deux phénomènes différents. Le cheveu blanchit lorsque le follicule ne produit plus suffisamment de mélanine, le pigment qui lui donne sa couleur. Avec l'âge, les mélanocytes et surtout leurs cellules souches s'épuisent progressivement ; lorsque cette réserve devient insuffisante, le nouveau cheveu pousse gris puis blanc.
La calvitie la plus fréquente, dite alopécie androgénétique, résulte quant à elle d'une prédisposition génétique associée à l'action des androgènes, notamment la dihydrotestostérone (DHT). Chez les follicules sensibles, le cycle de croissance raccourcit et le follicule se miniaturise progressivement : les cheveux deviennent plus fins, plus courts, puis parfois presque invisibles. D'autres formes de chute peuvent toutefois avoir des causes hormonales, nutritionnelles, médicamenteuses ou auto-immunes et méritent un diagnostic médical.
C'est autour des cheveux qu'est née l'une des légendes les plus célèbres de la pharmacopée chinoise : celle de Ho Shou Wu.
Le général Ho aurait été emprisonné pendant plusieurs années et aurait survécu en consommant régulièrement la racine d'une renouée sauvage. Affaibli et aux cheveux blancs au début de sa captivité, il aurait progressivement retrouvé sa vigueur et une chevelure noire. De cette histoire serait venu le nom Ho Shou Wu, soit « cheveux noirs de Ho ».
Cette histoire prend tout son sens lorsque l'on considère la place des cheveux en médecine chinoise. Dans les grands principes décrits notamment dans le Huangdi Neijing et repris dans les ouvrages contemporains d'Éric Marié et Giovanni Maciocia, les cheveux sont étroitement liés au Sang, au Foie, aux Reins et au Jing, l'Essence héritée et acquise qui accompagne la croissance, la maturation puis le vieillissement.
Le Foie stocke le Sang, qui nourrit les tissus et, dans cette conception, participe à la vitalité de la chevelure. Les Reins abritent le Jing et « se manifestent dans les cheveux » : lorsque cette Essence décline progressivement avec l'âge, la MTC peut y voir l'un des terrains favorisant cheveux plus fins, perte de densité ou blanchissement. Un Vide de Sang, un affaiblissement du Jing ou une insuffisance du Foie et des Reins constituent donc des tableaux traditionnellement recherchés lorsque la chevelure perd précocement force, densité ou couleur.
La Renouée à fleurs multiples préparée (Polygonum multiflorum) rentre tout à fait dans cette logique. En pharmacopée chinoise, il est important de distinguer la racine brute de la racine préparée, transformée notamment avec du haricot noir : c'est principalement cette forme préparée qui est employée pour tonifier le Foie et les Reins, nourrir le Sang et soutenir le Jing.
Ainsi, contrairement à une coloration ou à un produit appliqué directement sur le cuir chevelu, Ho Shou Wu s'inscrit dans une approche du terrain. Du point de vue traditionnel, nourrir le Sang contribue à mieux entretenir le cheveu tandis que soutenir le Jing du Rein vise à accompagner les processus associés au vieillissement. C'est pourquoi la plante est historiquement utilisée en pharmacopée chinoise lors de cheveux prématurément grisonnants ou de perte de cheveux, en particulier lorsque ces manifestations s'intègrent dans un tableau de déficience du Foie et des Reins.
La recherche moderne apporte des éléments intéressants : des travaux expérimentaux ont observé, avec la renouée, une stimulation de la mélanogenèse, c'est-à-dire de la production de pigments, ainsi que des effets sur certains mécanismes impliqués dans le cycle de croissance du follicule. D'autres recherches récentes étudient son intérêt potentiel dans l'alopécie androgénétique. Ces résultats restent cependant essentiellement expérimentaux et ne permettent pas d'affirmer aujourd'hui que Ho Shou Wu recolore des cheveux déjà blancs ou inverse une calvitie installée chez l'être humain. Son intérêt doit donc être présenté comme celui d'un usage traditionnel de pharmacopée visant à accompagner le terrain capillaire et le vieillissement, et non comme une garantie de repousse ou de recoloration.
Enfin, Polygonum multiflorum, y compris sous forme préparée, a été associé à des cas d'atteinte hépatique. Le respect des doses et des précautions d'emploi est donc indispensable, avec un avis professionnel en cas de maladie du foie, de traitement médicamenteux ou de doute.
Sources utilisées
IFOP, Les Français et la chute des cheveux, enquête nationale, 2014.
UNEC, données Kantar Worldpanel et Ipsos 2024 sur la coloration et les cheveux blancs.
Paus R. et al., Human Hair Graying Revisited, 2024.
Laboratoires Bimont, fiches He Shou Wu / Renouée à fleurs multiples et dossier « Les cheveux gris en MTC ».
Éric Marié, Précis de médecine chinoise ; Giovanni Maciocia, La pratique de la médecine chinoise ; Huangdi Neijing.
Études expérimentales sur Polygonum multiflorum, pigmentation et croissance capillaire.
NIH LiverTox, données de sécurité de Polygonum multiflorum.
Les articles présents dans les dossiers énergétiques s'appuient en partie sur les ouvrages suivants.
Ces essais font référence dans le domaine de la MTC :
https://www.decitre.fr/livres/precis-de-medecine-chinoise-9782703304586.html
https://www.elsevier-masson.fr/maciocia-la-pratique-de-la-medecine-chinoise-9782294777134.html
https://www.decitre.fr/livre-pod/huangdi-neijing-bible-medicale-de-la-chine-ancienne-9791036701672.html
https://www.decitre.fr/livres/manuel-d-herboristerie-et-de-pharmacopee-chinoises-9782915418156.html
https://5livres.fr/meilleurs-livres-medecine-chinoise/
Auteurs :
ERIC MARIE
GIOVANI MACIOCIA
HUANGDI NEI JING
Ces références de base sont complétées par des sources spécifiques à chaque articles.
Ces sources sont citées dans le corps de l'article.
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